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Je suis heureux de vous rejoindre en cette nuit de Noël, une fête que nous célébrons depuis plus de 17 siècles, et qui a pris des aspects aujourd’hui bien éloignés du cœur de la foi… Les dimensions folkloriques et commerciales envahissantes ont toujours provoqué en moi un malaise profond. Et pourtant le mystère de Noël touche au plus beau et au plus fort du mystère de Dieu.
Noël est d’abord le mystère d’une rencontre en plein cœur de la nuit : celle de Dieu avec les hommes, signifiée dans la rencontre émouvante entre les bergers, exclus et rejetés de ce temps, et le Dieu-enfant Jésus. A travers eux, il s’agit de tous les hommes… « Tous ! Tous ! Tous ! », criait le pape François à Lisbonne lors des dernières JMJ. Comment Dieu pourrait-il vivre cette rencontre avec tous les hommes si nous-mêmes, aujourd’hui, ne sommes pas pris dans Son élan vers chacun, et si nous en laissons certains de côté… ? En ce sens toute rencontre humaine est un événement de grâce, une Visitation, un Noël.
C’est pourquoi en commençant cette lettre, je voudrais spécialement vous signaler la venue du Père Christian Salenson le week-end du 16 au 18 février prochain à la Roche d’Or, pour un nouveau Week-end Repères : « Le sens divin de nos rencontres ». Christian a été l’une des chevilles ouvrières, auprès du Cardinal Jean-Marc Aveline, des Rencontres Méditerranéennes de Marseille conclues par le pape en septembre dernier. J’ai pu profiter de sa vive et profonde intelligence lors de ma formation au séminaire et je lui suis très reconnaissant de bien vouloir quitter par amitié les rivages de la Méditerranée pour la Franche-Comté, le temps d’un week-end… Son expérience du dialogue interreligieux, sa proximité d’âme avec le Fr. Christian de Chergé de Tibhirine, son sens de l’héritage de Charles de Foucauld, nous rejoignent profondément… Je ne saurais que vous recommander vivement de participer à ce week-end.
Noël, c’est également une parole, ou plutôt un chant : « Gloire à Dieu au plus haut des Cieux et Paix sur la Terre aux hommes qu’Il aime ! ». Tel est le chant angélique qui retentit chaque nuit de Noël. Le mystère de Noël est donc aussi l’annonce d’une joie et d’une paix, mais qui peut paraître tellement décalée par rapport à la situation actuelle du monde. Combien de peuples et de pays sont aujourd’hui confrontés à la violence de conflits, d’inégalités, d’injustices, et aux conséquences croissantes du changement climatique… Si bien qu’au lieu de l’annonce de joie et de paix, nous entendons plutôt douleurs, cris d’alarme et dénonciations de tant de drames humains qui se situent juste derrière notre porte…
La fête de Noël pourrait donc être décollée et vide de sens si nous profitions des réjouissances pour occulter un moment les drames de ce monde. La liturgie deviendrait pur cérémonialisme mensonger, religieux motif préludant à de plates griseries culinaires. Quel sens aurait alors la fête ? Serait-elle une vraie célébration ? Car célébrer veut dire louer et magnifier une réalité effective, déjà là, et qui se déploie jusqu’à son plein achèvement. Noël a bien eu lieu, et se produit à chaque instant. Mais son achèvement dépend de notre collaboration à l’activité de la Grâce au-dedans de nous et autour de nous. C’est dire que si Noël est déjà là, ce n’est pas encore fait…
En effet, le 7 octobre dernier, au pays même de Jésus, le monde a découvert l’horreur : l’impensable massacre terroriste et la riposte militaire impitoyable qui s’est engagée. Que de larmes depuis et de vie innocentes détruites… Quelle douleur… Comment ne pas penser à ce qu’écrit Matthieu lorsqu’il évoque le massacre des Innocents peu après la naissance de Jésus, citant le prophète Jérémie : « Un cri s’élève dans Rama, pleurs et longue plainte : c’est Rachel qui pleure ses enfants et ne veut pas être consolée, car ils ne sont plus » (Matthieu 2, 18). Dès la naissance de Jésus, nous dit Matthieu, la paix et la joie annoncées sont immédiatement suivies du deuil et des larmes. Et pourtant, « la Lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne peuvent l’arrêter » (Jean 1, 5). C’est le sens de l’espérance de Noël : une infime lueur déjà victorieuse.
Nous étions à Bethléem, 15 jours avant les événements. Comme tout le monde, nous ne pouvions pas nous douter de ce qui se tramait dans les tunnels de Gaza. Nous avons célébré la messe de la Nativité dans la grotte du champ des Bergers et un courant de grâce nous a tous saisis. Chacun de nous a reçu l’Enfant Jésus dans ses bras, s’engageant à être son propre berceau. Indicible et inoubliable moment, dont seuls les participants, souvent émus aux larmes, ont expérimenté le poids d’éternité. Ce fut le point brûlant de notre retraite en Terre Sainte : là, au cœur d’une grotte obscure, face au mur de séparation entre Israël et la Cisjordanie. Pour ma part, un des plus beaux et étreignants Noël qu’il m’ait été donné de vivre… en plein mois de septembre. Et dans l’un des endroits les plus déchirés de notre Terre : le pays même de Jésus. Comme il y a 2000 ans, il nous a été donné de voir le même spectacle d’impuissance au cœur d’un événement : celui d’une rencontre, celle de Dieu et de l’Homme. Alors que l’humanité se déchire, Dieu se livre, totalement dépendant de ce que nous voudrons bien faire de Lui. Heureux celui qui accueille et répond ! Et heureux Dieu qui est alors reçu.
C’est pourquoi j’ai été profondément touché par le texte de Roger que nous vous partageons. Il est plein de ferveur et de lumière, celle de l’expérience de la naissance de Jésus, en soi et dans la nuit de ce monde : « Cet événement de la naissance de Jésus est toujours secret. C’est à l’intime que ça se passe. Ce n’est pas un spectacle qui peut être donné aux yeux des gens. […] Dieu, c’est ça ?... De Bethléem au Golgotha, ce sera toujours la même chose : le spectacle d’une impuissance – aux yeux des hommes – Dieu, c’est ça ? […] Dieu est toujours lié, que ce soit là parce qu’il faut le langer, que ce soit sur la Croix où il sera cloué. Dieu est toujours lié à nous » [lire la suite]
Que ce texte de Roger vienne éclairer et réchauffer nos cœurs. Puissent cette lumière et cette chaleur atteindre les lieux les plus obscurs de notre cœur et de notre Terre.
Avec toute la communauté, je vous souhaite un très beau et lumineux Noël !
P. Olivier Sournia
Diaporama des crèches dans nos maisons !
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