Blog de la Roche d'Or

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Communauté de la Roche d'Or à Besançon et aux Fontanilles

Publié le par Père Mimmo Cardinal Battaglia
Publié dans : #Pour vivre la Semaine Sainte...

Aux marchands de mort,
à vous qui faites commerce du sang des hommes,
à vous qui comptez les profits tandis que les mères comptent leurs enfants,
à vous qui appelez « stratégie » ce que l’Évangile appelle scandale,
je vous adresse des mots qui ne naissent pas de la diplomatie, mais des blessures.

Je vous écris de cette terre tremblante.
Elle tremble sous les pas des pauvres,
sous les cris des enfants,
sous le silence des innocents,
sous le fracas féroce des armes que vous avez fabriquées, vendues, bénies par votre cynisme.

Je vous écris alors que le monde semble avoir réappris le langage de Caïn.
Ce langage ancien et terrible qui demande :
« Suis-je le gardien de mon frère ? »
Et pourtant, oui, nous le sommes.
Nous le sommes tous.
Et vous, plus que quiconque, car vous avez choisi non seulement de détourner le regard,
mais aussi de faire profit des blessures de votre frère.

Il y a des nuits, en ces temps-ci, où l'humanité semble se perdre.
De longues nuits où le ciel n'offre aucun réconfort et où la terre ne rend que des décombres.
Pourtant, là, au cœur de la nuit, l'Évangile continue de persister.
Il continue d'affirmer que personne n'est née pour être une cible.
Qu'aucun enfant n'a que le destin de la poussière.
Qu'aucune mère ne doit apprendre à reconnaître son enfant par un lambeau de tissu.
Que la paix n'est pas une faiblesse à tourner en ridicule, mais la plus haute expression de la force

Vous faites le contraire du pain.
Le pain se rompt pour nourrir.
Les armes brisent des corps pour affamer l'avenir.
Le pain met les hommes à table.
Les armes creusent des fossés, vident les maisons, étendent les tables sans convives.
Le pain a le parfum des mains.
Les armes ont l'odeur glaciale des bilans comptables.

Et dites-moi : comment faites-vous ?
Comment parvenez-vous à dormir en sachant que derrière chaque contrat se cache de la chair à vif ?
Que derrière chaque signature se cache une école évidée, un hôpital détruit, un visage effacé ?

Comment faites-vous à appeler « marché » ce qui, devant Dieu, porte le nom le plus simple
et le plus terrible : le péché ?

Je ne vous parle pas en tant que juge.
Je n'ai pas de tribunaux à ouvrir.
Je vous parle en tant qu’homme et pasteur.
En tant que croyant blessé par la violence de notre époque.
En tant qu'évêque, je ressens viscéralement le cri du Christ encore crucifié dans les peuples humiliés,
dans les villes dévastées, dans les corps anonymes que la mer retourne et que la guerre cache.

Car aujourd'hui, le Crucifix a les mains de civils ensevelis sous les bombes.
Il a les yeux grands ouverts des enfants incapables de nommer l'horreur.
Il a les visages de femmes serrant des photos au lieu d'enlacer leurs enfants.
Il a la soif des réfugiés, la peur des personnes âgées, le tremblement de ceux qui n'ont plus
ni foyer ni même les mots pour exprimer leur douleur.

Et vous, marchands de mort, vous continuez de passer sous cette croix
comme le faisaient jadis les soldats, vous partageant les vêtements des condamnés.

Mais aujourd'hui, vous ne tirez plus au sort une tunique :
vous tirez au sort des peuples entiers.
Vous pariez sur les frontières, les ressentiments, les escalades, les conflits armés.
Et entretemps, vous appelez paix la peur, ordre la domination, sécurité la menace permanente.

Mais il n'y a pas de sécurité là où on sème la mort.
Il n'y a pas d'avenir si l'on éduque les jeunes à la méfiance.
Il n'y a pas de justice si la richesse de quelques-uns repose sur le deuil de beaucoup.
Et il n'y aura pas de paix tant que la guerre restera un investissement acceptable.

L'Évangile, cependant, ne négocie pas.
L'Évangile ne bénit pas les industries de destruction.
L'Évangile ne s'habitue pas aux morts.
L'Évangile ne tolère pas que la douleur devienne une statistique et que les massacres soient consommés dans les commentaires lassants des journaux télévisés.

L'Évangile place un enfant au centre.
Toujours.
Et quand un enfant est au centre, tous vos arguments s'effondrent.

Les doctrines militaires, les alliances opportunistes, les justifications géopolitiques
et le langage technique derrière lequel vous cachez votre honte s'effondrent.

Car face à un enfant assassiné, il n'y a plus ni droite ni gauche, ni Est ni Ouest, ni ami ni ennemi :
seul l'abîme existe.

Je vous demande donc, non seulement de vous arrêter.
Je vous demande de vous convertir.
Oui, convertissez-vous.
Un mot ancien, un mot scandaleux, un mot nécessaire.
Se convertir, c'est cesser de penser que tout a un prix.
C'est reconnaître que la vie humaine est sacrée, sinon elle ne sera plus humaine.
C'est échapper à la logique du profit et entrer dans celle d’être gardien.
C'est avoir le courage, enfin, de perdre de l'argent pour sauver des vies.

Ayez un sursaut.
Un seul, mais vrai.

Laissez-vous joindre par les larmes que vous avez tenues hors vos pièces.
Laissez les noms des morts résonner dans vos conseils d'administration.
Laissez une mère venir perturber vos comptes.
Laissez que l'Évangile vienne ruiner votre paix.

Car il n'y a pas de paix sans le désarmement du cœur,
et il n'y a pas de désarmement du cœur tant que la main reste attachée au profit.
La guerre ne commence pas avec la première bombe.
Elle commence bien plus tôt :
quand le frère devient un obstacle,
quand les pauvres deviennent non pertinents,
quand la compassion est jugée naïve,
quand l'économie cesse de servir la vie et décide de l'exploiter.

Et pourtant, je ne vous écris pas pour vous abandonner au désespoir.
Je vous écris parce que, même pour vous, il y a un chemin.
Dieu ne cesse de frapper, même aux portes les plus imprenables.
Pour vous aussi, la rédemption est possible.
Pour vous aussi, il y a un Vendredi saint qui peut ouvrir la voie à Pâques.
Mais vous devez descendre. Descendre des piédestaux du pouvoir, des langages qui absolvent,
des chambres où la mort se trame sans odeur et sans visage.

Vous devez redevenir humains. Avant que dirigeants, que actionnaires, que stratèges, que intermédiaires : simplement hommes.
Des hommes capables de honte, et donc de vérité.

Je rêve du jour où vos usines changeront de vocation.
Quand le fer ne deviendra plus un projectile mais une charrue,
quand l'ingéniosité ne servira plus à perfectionner l'offensive mais à garder la vie,
quand le capital sera investi dans la guérison, l'éducation, la reconstruction, l'accueil.
Je rêve du jour où le mot « profit » ne rimera plus avec « funérailles ».

Et je sais que certains souriront, qualifiant tout cela de naïveté.
Mais la seule vraie naïveté, aujourd'hui, est de croire que la guerre sauve.
La seule vraie folie est de penser que nous pouvons continuer à mettre le feu au monde sans brûler avec lui.
Le seul réalisme possible, maintenant, est la paix.
C'est pourquoi je vous confie une question qui, je l'espère, ne vous quittera pas :
Combien de sang vous faut-il ?
Combien de souffrances l'histoire devra-t-elle endurer avant que vous compreniez que vous ne faites pas commerce de marchandises, mais d'enfants, de mères, de visages, de chair aimée de Dieu ?

Arrêtez.
Avant qu'il ne soit trop tard pour les peuples.
Avant qu'il ne soit trop tard pour vous.
Arrêtez et écoutez l'Évangile de paix, qui ne crie pas mais insiste, qui n'écrase pas mais convertit,
qui n'humilie pas mais appelle par nom.

Écoutez le Christ, désarmé et véritable, qui ne cesse de dire :
« Heureux les artisans de paix. »
Non pas les instigateurs de guerre.
Non pas les garants de l'équilibre des forces.
Non pas les marchands de peur.
Les artisans de paix.

Le monde a besoin de mains qui lèvent, non de mains qui s'arment.
Il a besoin de consciences vigilantes, non de profits aveugles.
Il a besoin de prophètes, non de marchands.

Et nous, l'Église de l'Évangile, nous ne nous tairons pas.
Non pour idéologie, mais pour fidélité.
Non pour naïveté, mais pour obéissance au Christ.
Non pas parce que nous ignorons la complexité de l'histoire, mais parce que nous connaissons la valeur infinie de chaque vie.

À vous, marchands de mort, je dis donc ce dernier mot non comme une condamnation, mais comme une invocation :
Rendez l'avenir.
Rendez le souffle.
Rendez les enfants à leurs mères, les pères à leurs foyers, les rêves à la terre.
Rendez-vous à votre humanité.

La paix vous jugera.
Mais, si vous le voulez, la paix peut encore vous sauver.

Avec la douleur, avec l'espérance, avec l'Évangile entre les mains.
 

Père Mimmo Cardinal Battaglia
Archevêque métropolitain de Naples