/image%2F4473568%2F20220416%2Fob_3eba2a_170519-roger.jpg)
"Marie-Madeleine se tenait près du tombeau, au-dehors, tout en pleurs." Ce Jésus que Marie-Madeleine aimait, il est mort. Elle pleure ce grand vide au-dedans d’elle. Et son chagrin, comme un rideau, lui masque ce qu’elle a sous les yeux… Le chagrin est parfois si fort qu'il nous empêche de voir. Il faut que Marie-Madeleine puisse passer outre ce chagrin mais comment ?
"Elle aperçoit deux anges vêtus de blanc, assis l'un à la tête et l'autre aux pieds, à l'endroit où avait reposé le corps de Jésus." Le seul endroit où elle aimait vivre c’était avec lui, dans son rayonnement, dans ses paroles. Elle vivait déjà de lui, en lui, mais maintenant il y a cette béance au-dedans d’elle. À cause de ce chagrin, de cette douleur, elle ne peut pas encore voir qu’elle est habitée par une grande tendresse. Le chagrin est tellement fort que c’est tout juste si elle voit les anges. Ils sont comme ceux qui, autrefois, couvraient l'Arche d’Alliance, un à la tête et l'autre aux pieds pour dire l’entièreté de la Présence, toute la Gloire de Dieu qui se trouvait là. Alors les anges disent : "Femme, pourquoi pleures-tu ? Pourquoi ce chagrin qui te tourne sur toi-même.
"On a enlevé mon Seigneur et je ne sais pas ou on l’a déposé, si c’est toi qui l’as emporté, dit-elle à ce quelqu’un qui est derrière elle et qu’elle regarde à peine, dis-moi où tu l’as déposé et moi, j'irai le prendre. Même si je n’ai plus que sa dépouille, c’est encore ce qui me restait de sa présence." Elle pleure à nouveau et elle ne voit pas cette présence derrière elle.
Or c’est Jésus qui est là. Quand il y a un tel chagrin, comment peut-il se faire reconnaître ? Comme Dieu le fait toujours, Il prononce notre nom. L’auteur a conservé la phonétique araméenne : « Mariam ». Seul Jésus pouvait dire ce nom avec au-dedans de lui toute cette tendresse, toute cette reconnaissance. C'est ce regard de Jésus qui avait sauvée Marie-Madeleine de toutes sortes d’errances, en lui révélant sa source intérieure.
Quand Jésus prononce son nom : « Mariam », ce n’est pas simplement une identité, c’est qu’il fait monter au-dedans d'elle Sa présence qui la tient et la soutient. Il révèle au-dedans d'elle une profondeur, elle n’est pas seule, elle est déjà habitée. Dans le livre de l'Apocalypse, saint Jean nous dit que nous avons un nom secret et que seule la personne, c’est-à-dire chacun d’entre nous, perçoit ce nom secret, ce nom intime. Il n’y a que la personne et Dieu.
Chacun fait l’expérience de Dieu de manière singulière. Il n’y a pas deux personnes sur la terre qui puissent faire une expérience identique. Chacun est quelqu’un. Beaucoup d’êtres humains n’ont pas encore réalisé qu’ils étaient quelqu’un. Nous sommes pris souvent dans l’anonymat des foules, nous avons un visage mais les gens ne font pas attention, ça glisse. Mais quand c’est Jésus qui prononce notre nom, c’est la découverte d’une douceur que les hommes ne peuvent pas produire. C'est une douceur, un toucher intime de Dieu qui vous envahit par le dedans, une chose absolument étonnante qui nous permet vraiment de vivre, sans crainte. Il y a cet envahissement de Sa présence intense, aimable, infiniment douce et l'on sait que l’on ne pourra jamais être séparés. Jamais. Parce que notre cœur est visité par Lui, nous avons entendu, il a fait résonner notre existence précaire dans une affection de toujours et pour toujours.
L'attachement de Marie-Madeleine se manifeste par un élan redoublé, elle veut prendre Jésus et il lui dit : "Ne me retiens pas, attends, attends, je ne suis pas encore monté vers le Père, tu ne peux pas m’accueillir comme tu m’accueillais avant, parce que c’est mon Père qui fait glisser ma présence dans le cœur de chaque être humain. Je monte vers mon Père et votre Père."
"Je monte" cela veut dire que Jésus entre dans la plénitude de la Présence de son Père. Maintenant, il est en train de dire à cette femme-disciple qui l’aime : « Il n’y a que le Père qui puisse me faire apparaître dans votre cœur ».
Jésus est le Don de Dieu. "Dieu a tellement aimé le monde, qu’Il nous a donné son Fils, pour que, se fiant à Lui, nous ne périssions pas." Quand on fréquente Jésus, on découvre comment le Père fait glisser au-dedans de nous ce regard émerveillé sur Son Fils. Au lieu de le regarder de l’extérieur, nous recevons le regard de Dieu qui dit : « Mon Fils, je vous le donne » et Il le donne à chacun d’une manière singulière. C’est seulement en accueillant Jésus dont le Père fait monter la Présence en nous que nous entendons ces paroles. « Mon Père, c’est votre Père. Vous allez le découvrir un jour ». Il est la source originale, "originaire" de chacun.
Jésus dit : "Maintenant, vous savez qui est Dieu, Il est mon Dieu et votre Dieu." Son Dieu est notre Dieu. Toute sa vie, tout ce qu’il a fait, tout ce qu’il a dit, tout de lui nous a dit qui est Dieu.
"Va trouver mes frères pour leur dire…" Alors Marie-Madeleine, toute éperdue, court pour le dire aux disciples. Que vont-ils comprendre ? Quand on n’a pas fait l’expérience, on n’entend que des mots. Mais ils voient le visage de cette femme. Cette beauté rayonnante, ce qu’il y a dans la voix de cette femme éplorée qui maintenant est habitée, cela provoque l’élan de Pierre et de Jean qui vont aller au tombeau.
Seul Pierre entre. Qu’est-ce qu’il voit ? Une chose qui le remplit de stupéfaction : ce qui recouvrait le corps de Jésus, les bandelettes qui tenaient ses membres attachés, le grand linceul sur lequel on avait mis son corps, sont là. Comme si le volume que son corps occupait avait disparu… Et les linges sont aplatis sur eux-mêmes. Seul ce qui dit la personne est à part, ce linge qu’on roulait autour du visage pour maintenir la bouche fermée et garder cette empreinte, on a pris soin de bien le rouler. Pour un juif, un tissu roulé comme ça évoque tout de suite la Torah, la Bible.
Jean, le disciple bien-aimé, voit ce linge qui recouvrait le visage, roulé comme les rouleaux de la loi. Alors il entre parce qu’il découvre que ce n’est plus un texte écrit par lequel on aurait accès à Dieu, c’est le visage de Jésus qui est la seule révélation de Dieu.
Roger Robert
Dimanche de Pâques, le 16 Avril 2017
"Parole d'amour de notre Père", CD Tissage d'or 3 (Communauté de la Roche d'Or)
Pour voir les paroles du chant "Parole d'amour de notre Père"
/image%2F4473568%2F20260430%2Fob_0b3288_plan-de-travail-1.png)
