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« Le Panthéisme – tout est Dieu – nous séduit par ses perspectives d'union parfaite et universelle. Mais au fond il ne nous donnerait, s'il était vrai, que fusion et inconscience, puisque, au terme de l'évolution qu'il croit découvrir, les éléments du Monde s'évanouissent dans le Dieu qu'ils créent ou qui les absorbe… » *
Un peu comme la pluie du ciel qui tombe sur l'océan. Essayez de retrouver les gouttes de la pluie une fois qu'elles sont tombées dans l'océan ! Elles sont devenues l'océan. Ainsi le Panthéisme va vous proposer une sensation d'effacement, d'engloutissement dans le "Tout", vous êtes de ce "Tout". On ne peut pas dire qu'une goutte d'eau est une partie de l'océan, elle est noyée dedans, l'océan l'envahit c'est tout.
Mais non, au contraire, et selon un principe très cher à Teilhard de Chardin, l'union avec Dieu différenciée : plus on est vraiment uni à Dieu, plus on est typé, plus on est caractérisé, et non pas confondu :
« Notre Dieu, tout au contraire, pousse à l'extrême la différenciation des créatures qu'Il concentre en Lui. Au paroxysme de leur adhésion, les élus trouvent en lui la consommation de leur achèvement individuel. Seul, par suite, le Christianisme sauve, avec les droits de la pensée, l'aspiration essentielle de toute mystique : s'unir (c'est-à-dire devenir l'Autre) en restant soi. » *
Il peut y avoir des couples fusionnels où chacun est comme aliéné à l'autre. Avec Dieu, c'est impossible. L'union différenciée… Plus on se donne à Lui, plus Il vous campe en vous-même et c'est pourquoi le dialogue est possible. Avec Dieu, plus on s'unit, plus on devient différent, plus on grandit, et c'est une joie pour Dieu, et c'est une joie pour vous.
« Pour son regard sensibilisé, il est vrai, le Créateur, et plus précisément encore le Rédempteur, se sont immergés et dilatés dans les choses au point que, suivant l'expression de sainte Angèle de Foligno, "le Monde est plein de Dieu"…
… L'immense enchantement du Milieu Divin doit en définitive toute sa valeur concrète au contact humano-divin qui s'est révélé dans l'Epiphanie de Jésus… » *
Ce Dieu immense, ce Dieu-Tout, ce Dieu-Créateur, ce Dieu-caché est apparu dans le Temps de l'Histoire et ce fut Jésus de Nazareth. Pendant les 33 années de sa vie, une apparition de Dieu, et c'est ce Dieu précis qui, passé en Résurrection au cœur de l'univers, vous rencontre, vous rassemble. Et c'est avec Lui que vous avez affaire.
« Supprimée la réalité historique du Christ, l'omniprésence divine qui nous enivre devient semblable à tous les autres rêves de la Métaphysique : incertaine, vague, conventionnelle, – sans contrôle expérimental décisif pour s'imposer à nos esprits… Dès lors, si éblouissants soient les accroissements que nous essaierons dans un instant de discerner dans le divin Ressuscité, leur charme et leur étoffe de réalité demeureront toujours suspendus à la vérité palpable et contrôlable de l'événement évangélique… » *
Voyez comment on avance avec Teilhard de Chardin, dans la connaissance de Dieu, le point de référence de ce Dieu caché, de ce Dieu secret, ce sont les pages de l'Evangile. Mais là, on peut dire qu'il y a très peu de chrétiens qui osent regarder dans ces fleurs, puisqu'elles sont ici sur le bureau, quelque chose du Christ Ressuscité. Très peu de chrétiens qui osent regarder dans ces fleurs quelque chose de la Vierge Marie. Parler de Dieu omniprésent, ça peut être même un piège, dit Teilhard de Chardin en substance, parce qu'alors la connaissance que vous avez de ce Dieu est tellement vague. Mais si vous vous référez à l'Evangile, Celui qui est caché au secret au monde, c'est Celui qui est apparu pendant les 33 années et que l'Eglise vous présente dans les Evangiles. Osez faire ce balancement, ce basculement : Dieu, Christ Ressuscité, Christ historique, et vous commencerez à voir cette vision mystique.
Le rationalisme s'y oppose. On m'a posé la question au cours de cette retraite : votre relation au Christ Ressuscité, comment est-ce que vous Le voyez ? Et quelle est notre situation par rapport aux disciples de Jésus ? Les disciples de Jésus ont vécu trois ans en tête-à-tête avec Jésus, L'ont fréquenté, entendu, vu… Et puis, ensuite, disparition ! Et dans la Résurrection, où L'ont-ils retrouvé ? Dans leur cœur, sous la forme des inspirations d'Esprit Saint qu'Il leur donne. Oui mais, avec Saint Paul, on va progresser et on verra dans les épîtres de captivité, aux Ephésiens et aux Colossiens, que Paul baigne dans le Christ, partout.
Osez regarder les étoiles en y voyant des sourires de Jésus historique ; osez regarder le soleil en y voyant l'éclat de Jésus historique ; osez regarder une source, dans son murmure, sa délicatesse désaltérante et osez y regarder une projection… Il est présent, le Christ de l'Histoire, étant transfiguré dans tous les éléments de la Création. Ceci vous change évidemment la nature de vos paysages, de vos champs de blé, de vos labours, de votre jardinage, de votre cuisine et de toutes choses. Faire tout dans le Christ, et bien sûr, parce qu'Il est devenu immense, et dans son immensité, Il a emporté tout le détail de son existence terrestre.
"… leur charme et leur étoffe de réalité demeureront toujours suspendus à la vérité palpable et contrôlable de l'événement évangélique…Le Christ mystique, le Christ universel, de Saint Paul ne peut avoir de sens ni de prix à nos yeux que comme une expansion du Christ né de Marie et mort en Croix. De celui-ci, celui-là tire essentiellement sa qualité fondamentale d'être incontestablement concret. » *
…Celui-ci… celui-là… le Christ mystique, le Christ cosmique tire sa réalité du Christ historique et nous avons Christ d'hier, aujourd'hui… en toutes choses. Il n'est pas nécessaire d'aller dans une chapelle, ni même devant le Saint Sacrement, mais la matière, en toutes ses formes d'évolution est pleine de Dieu, pleine de Christ historique-Dieu, qui a transfiguré son Corps et lui a donné une co-extension totale, pénétrante et enveloppante avec les créatures. Le monde est christifié et Il l'est de plus en plus. Bienheureux les yeux qui peuvent voir !
Jésus avait dit à Ses disciples : "Il vous est bon que je m'en aille…" Paul n'hésitera pas lui à dire : "Christ, selon la chair, maintenant je ne Le connais plus comme ça parce que, quand Il était dans la chair, Il était localisé dans telle forme et tel endroit, mais maintenant Christ total, Christ répandu dans le monde…" Le monde est habillé, par dedans, du Christ universel.
"Aussi loin qu'on se laisse entraîner dans les espaces divins ouverts à la mystique chrétienne, on ne sort pas du Jésus de l'Evangile. On éprouve au contraire un besoin grandissant de s'envelopper, toujours plus solidement, de sa vérité humaine. » *
Ce langage peut être un peu difficile, mais il faut l'entendre une bonne fois pour pouvoir s'y accoutumer. Nous sommes, semble-t-il, tellement privés de la Présence de Jésus, que nous croyons ne Le trouver qu'après la mort, dans le Ciel, ou ne Le trouver que dans le sacrement de l'Eucharistie, alors que toutes les créatures sont comme des sacrements du Christ de l'Evangile.
C'est donc l'Evangile en mains qu'il faudrait faire une escalade en montagne, une promenade en forêt, un voyage sur la mer et interroger les créatures. Toutes vous répondraient : "C'est Jésus qui parle, je suis avec toi ! Je te fais signe. Ces flots, ces vagues de l'océan, ces poissons qui sautent vers toi, ces dauphins, ces criques, ces baies du relief des rivages…" Comment voulez-vous qu'il y ait quoi que ce soit qui ne soit imprégné dans le fond de la Présence de Christ Ressuscité, puisqu'Il est le Dieu créateur apparu dans le Temps avec cette apparition charnelle qu'il a reçue de Marie, et rentré dans la profondeur de l'Acte créateur, le monde peuplé de Dieu. Dieu, depuis qu'Il est incarné est Homme, c'est l'Homme universel qu'Il est, ce Dieu-là, qui se trouve ainsi présent au cœur de toutes les créatures.
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On croit qu'on ne trouve le Christ que dans une cathédrale, dans une église. On Le trouve dans la cathédrale des arbres, dans les forêts, dans la cathédrale des montagnes, on Le trouve partout. Ici et là, Il souffre, Il pleure, Il peine. On Le voit bien, meurtri : "Ce que vous faites au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous le faites". Mais se persuader de la Présence universelle du Christ historique, c'est une chose qui n'est quasiment jamais dite et c'est certainement la chose de la mystique la plus profonde de Teilhard de Chardin : rencontrer le Christ partout… rencontrer Marie partout. Mais il est évident que vous avez votre tournure, et cependant vous en êtes plein. Et si nous descendons au fond de nous-mêmes, nous dirons avec Saint Paul : "Ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi !" Ce qui ne veut pas dire que Paul est effacé, gommé, mais ce qui veut dire que Paul prend conscience que Son Christ est avec lui.
Oh ! la situation de bonheur, pour l'homme chrétien quand, enfin, descendant en lui-même et voyant la profondeur de tout autre créature, il peut dire : "Salut, Seigneur Jésus ! Bonjour, Vierge Marie !" Qu'est-ce que nous faisons ensemble ? Nous ne sommes pas des orphelins, largués dans le monde, Dieu étant dans le Ciel lointain : Il habite la Terre, Christ poursuit son incarnation au cœur de toutes les créatures par l'extension de sa mystérieuse ascension en toutes choses. Mais nous, nous sommes prisonniers des dimensions spatiales et nous croyons que Jésus est monté au Ciel par une espèce de phénomène aspiratoire qui L'a élevé jusque de l'autre côté des nuages. Non pas… ! L'Ascension, c'est une disparition sur place du Christ vivant au cœur de toutes les créatures. A nous, par le regard de la foi, d'en faire la découverte.
La vie mystique, c'est un phénomène de voyance de Dieu créant, de Christ sauvant, d'Esprit Saint assistant, en soi, dans les autres, en toutes les créatures. Il n'y a pas un être qui ne puisse nous parler de Dieu, qui ne puisse nous Le donner par contagion ! Il ne se confond pas avec aucune créature, mais Il les peuple ! Il les allume de Sa propre énergie et nous la communique. Et c'est ainsi que nous sommes, déjà, en capacité de parler à Dieu, de parler à Christ. 2000 ans de distance entre Lui et nous ? Non pas. L'immédiateté de Sa Présence. C'est comme cela qu'on échappe au panthéisme qui vous entraîne dans l'indistinction. Tandis que là, l'âme du monde, comme dira ailleurs Teilhard de Chardin, c'est le Fils de Dieu, Fils de Marie.
Florin Callerand
26 mars 1992
* "Le Milieu divin" de Pierre Teilhard de Chardin
"Comme un arbre", CD Tissage d'or 5 (Communauté de la Roche d'or)
Pour voir les paroles du chant "Comme un arbre" (Psaume 1)
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