Blog de la Roche d'Or

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Communauté de la Roche d'Or à Besançon et aux Fontanilles

Publié le par Père Mimmo Cardinal Battaglia

Lors de la manifestation nationale contre les centres de rétention pour le rapatriement (CPR), Don Mimmo Battaglia demande au gouvernement de renoncer au projet de Castel Volturno (un village dans la province de Caserta) et de dépasser l'ensemble du système des CPR.

Je voudrais partir d’une image : une personne se trouve à l'intérieur, la porte se ferme et, dès cet instant, ce n'est plus elle qui décide quand elle va sortir. Elle doit attendre que quelqu'un d'autre ouvre. Dehors, la vie continue : il y a le soleil, des gens qui attendent, des choses à faire, mais elle, elle est là, privée de la possibilité de choisir le cours de sa journée.

Donnons maintenant un nom à cette porte : CPR. Trois lettres qui semblent suffire à tout expliquer. Mais derrière cet acronyme, il y a des hommes et des femmes, des histoires, des familles, des espoirs, des personnes qui ne peuvent pas devenir invisibles simplement parce que nous avons trouvé un terme pour les désigner. C'est par là que je voudrais commencer. Par les personnes, et non par les acronymes. Car lorsqu'on parle de migration, de sécurité et de rapatriements, le risque est de discuter de tout, sauf de ceux qui subissent ces décisions.

Dans l'Évangile selon Marc, il est question d'un homme dont la main est paralysée. Il se trouve dans la synagogue ; certains observent Jésus, attendant qu'il le guérisse un jour de sabbat afin de trouver un motif pour l'accuser. La souffrance de cet homme est devenue un sujet de débat, une occasion de mettre Jésus à l'épreuve. Jésus, lui, lui dit : « Lève-toi, viens là, au milieu ! ».

Avant même de le guérir, il lui rend sa place. Il le place au centre, sous les yeux de tous. Puis, il regarde ceux qui gardent le silence. Marc raconte qu'il les regarde avec indignation, affligé par la dureté de leur cœur. Jésus, lui aussi, s’indigne. Nous devrions nous en souvenir lorsque nous réclamons aux chrétiens une bonté qui ne dérange personne, un Évangile qui ne remette rien en question. Jésus ne laisse pas cet homme en marge pour préserver la tranquillité des autres. Il le place au centre. Dès lors, plus personne ne peut parler comme s’il n’était pas là.

Aujourd’hui, ici, à Castel Volturno, nous sommes appelés à faire de même : remettre les personnes au centre et demander aux politiques de les regarder dans les yeux. Dans les centres de rétention, la détention entraîne une privation de liberté liée aux procédures de renvoi. Il ne s’agit pas de l’exécution d’une condamnation pénale. C’est une distinction importante, qui touche à la liberté d’une personne et à la manière dont un État choisit d’exercer son pouvoir. C’est pourquoi nous devons nous interroger : quel modèle de vie commune sommes-nous en train de bâtir, si nous confions à une porte close la réponse à une question humaine aussi complexe ?

À ceux qui gouvernent, je demande de s’arrêter, d’écouter cette terre, de renoncer au projet de CPR à Castel Volturno et d’assumer la responsabilité de dépasser le système des CPR. Je le demande en tant que prêtre, l’Évangile ouvert. Jésus dit : « J’étais étranger et vous m’avez accueilli ». *J’étais*. Un mot qui devrait nous interpeller chaque jour. Le Christ nous pose une question simple, à laquelle il est difficile d’échapper : qu’as-tu fait de la personne qui se trouvait devant toi ? Nous préférerions débattre de principes, préparer des réponses, défendre nos propres arguments. L’Évangile, lui, nous interroge sur une porte, une assiette, une visite, une personne laissée seule.

Cela nous concerne en premier, nous, l’Église ; cela concerne la communauté et la société. Cela concerne les fois où nous avons rendu l’Évangile inoffensif. Les fois où nous avons tenu des mots prudents face à des souffrances qui, elles, n’avaient rien de prudent. Les fois où nous avons demandé aux pauvres de faire preuve de patience, parce que leur douleur venait troubler nos équilibres. Nous aussi, nous devons répondre.

Un crucifix accroché au mur nous engage envers tout corps humilié. Le porter sur sa poitrine signifie accepter qu’il pèse sur notre cœur. L’exhiber tout en alimentant le mépris pour l’étranger signifie retourner contre quelqu’un le signe d’un homme qui a donné sa vie pour tous. Nous devons avoir le courage de nommer cette trahison. Et nous devons également regarder en face nos contradictions quotidiennes. Il y a des personnes dont nous acceptons la peine, les bras, les nuits passées à l’ouvrage. Des personnes qui récoltent ce qui finit sur nos tables, qui prennent soin de nos aînés, qui soutiennent des pans entiers de notre quotidien.

Puis, lorsqu’elles réclament un contrat, un logement ou des papiers, elles deviennent soudainement un problème ingérable. Tant qu’elles restent courbées, il y a de la place. Dès qu’elles se redressent, le problème commence. Il y a quelque chose de profondément injuste qui habite ce mécanisme. Et la responsabilité incombe aussi à ceux qui l’exploitent, à ceux qui en tirent profit, à ceux qui exigent une main-d’œuvre à bas coût et des individus privés de voix.

Mais attention : une personne conserve toute sa dignité, même lorsqu’elle ne nous est d’aucune utilité. Même lorsqu’elle est malade, lorsqu’elle ne produit rien, lorsqu’elle est difficile à atteindre. Même lorsqu’elle a commis une erreur : elle devra répondre de ses actes, tout en conservant ses droits. La dignité n’est pas la récompense d’une bonne conduite.

À ceux qui vivent ici et qui ont peur, je tiens à dire que leur crainte mérite d’être entendue. La difficulté de vivre sur un territoire délaissé ne saurait être balayée d’un revers de main. Chacun a droit à la sécurité, à des rues où il fait bon vivre, à des services qui fonctionnent, à des écoles capables d’accompagner les jeunes, et à des institutions réellement présentes. C’est précisément pour cette raison qu’il faut exiger des comptes sur les promesses faites. Qu’est-ce qui changera, demain, dans la vie des gens ? Quelle école fonctionnera mieux ? Quelle famille obtiendra un logement ? Quel travailleur sera libéré du chantage ? Quel jeune trouvera une alternative à la rue ?

Méfions-nous de ceux qui nous proposent quelqu’un à craindre, plutôt que quelque chose sur quoi nous pourrions compter. La peur est une chose sérieuse. L’utiliser pour obtenir l’adhésion constitue, elle aussi, une lourde responsabilité.

À Castel Volturno, il est nécessaire d’investir dans un accueil réparti sur le territoire, dans la santé, l’éducation, l’emploi régulier et le logement. Il faut des voies d’entrée légales, des parcours de régularisation effectifs et des outils pour lutter contre l’exploitation, afin que ceux qui dénoncent un abus ne basculent pas dans une situation encore plus précaire. Ce sont des choix qui exigent des ressources, des compétences et de la continuité. La cruauté, en revanche, sait être expéditive : elle décide qui doit disparaître de la vue et qualifie cette disparition de « solution ». Nous, nous devons faire preuve de la patience obstinée propre aux solutions qui redonnent vie.

Revenons à cet homme dont parle l’Évangile : « Viens ici, au milieu ». Jésus le place devant tous, pour que personne ne puisse plus agir comme s’il n’existait pas. C’est ce que je voudrais demander à notre pays : laisse-toi interpeller par un nom, par une histoire, par une personne qui t’oblige à reconsidérer une décision qui semblait déjà prise. Et c’est ce que je demande à mon Église et à la société civile : reste assez proche pour entendre lorsqu’une porte se ferme, assez libre pour le dénoncer, et assez fidèle pour rester aux côtés de ceux qui sont restés à l’intérieur.

Aujourd’hui, nous disons non aux CPR (centres de rétention). Nous disons non à un système qui fait de l’enfermement une réponse à la vulnérabilité et à la situation administrative des individus. Et, dès demain, nous devons donner une suite concrète à ce refus. Nous devons être présents, pour que ceux qui auront besoin de nous sachent où nous trouver et, lorsqu’ils frapperont, qu’ils trouvent réellement quelqu’un prêt à leur ouvrir.

C’est pour ces raisons que je suis ici : Castel Volturno et toute la Campanie ne peuvent devenir des lieux où l’on déplace les problèmes, dans l’espoir qu’une fois hors de vue, ils cessent d’exister. Ils peuvent, au contraire, devenir des points de départ pour un nouveau commencement. Il faut de l’intégration, de la légalité, du travail, des politiques de logement et des structures éducatives. Il faut un État qui accompagne, plutôt que de se contenter de contenir. Il faut être capable de concilier sécurité et droits, sans les opposer.

Mais pour changer véritablement de cap, nous devons avoir le courage de regarder la réalité dans son ensemble, y compris ce que nous préférerions ne pas voir. Et dire une vérité qui, trop souvent, reste cachée derrière la quête d’un coupable facile.

Le problème, ce ne sont pas les immigrés. Le problème, c’est une société qui trouve les ressources pour investir dans les armes et la guerre, mais qui peine à investir dans la paix, l’éducation, l’intégration et l’avenir des individus.

Le problème, ce ne sont pas les immigrés. Ce sont les jeunes sans emploi, ceux qui se sentent abandonnés, ceux qui grandissent sans perspectives et sans personne pour croire en eux.

Le problème, ce ne sont pas les immigrés. C’est la Camorra, ce sont les mafias qui continuent de dévorer les territoires, de voler les espoirs, de recruter les plus vulnérables et d’imposer la violence là où les institutions et la communauté font défaut.

Le problème, ce ne sont pas les immigrés. C’est le fait que, pour de nombreuses familles, acheter une simple tomate est devenu un luxe. C’est devoir choisir quelle facture payer, renoncer à des besoins essentiels, arriver à la fin du mois sans savoir comment s’en sortir.

Le problème, ce ne sont pas les immigrés. C’est le coût insoutenable de la vie, de l’énergie et des ressources essentielles. C’est un travail qui ne suffit pas pour vivre, la pénurie de logements, les soins auxquels on renonce, les personnes âgées laissées seules, les périphéries oubliées, les écoles qui appellent à l’aide.

Le problème, ce ne sont pas les immigrés. C’est notre manque de clairvoyance, notre difficulté à voir au-delà de l’urgence, à prévenir les blessures avant qu’elles ne deviennent des gouffres, à investir dans les êtres humains avant d’avoir à pleurer leur abandon.

Il est plus facile de désigner un étranger à combattre que de s’attaquer aux inégalités. Il est plus facile d’ériger une clôture que d’ouvrir une école. Il est plus facile de promettre l’expulsion de quelqu’un que de garantir qu’un jeune ne sera pas laissé seul. Mais lorsque les pauvres sont dressés les uns contre les autres, ce ne sont pas les pauvres qui gagnent, c’est l’injustice qui l’emporte. Puisse Castel Volturno, Naples et la Campanie devenir des lieux où la peur laisse place au courage, où les différences deviennent des occasions de rencontre, et où personne n’est considéré comme étranger à notre humanité.

Car la justice commence lorsque nous cessons de nous demander qui nous devons exclure et nous nous demandons plutôt ce que nous pouvons faire afin que personne ne soit contraint de vivre sans dignité. La porte par laquelle nous sommes sortis se ferme de l’extérieur. Cela signifie qu’elle peut être ouverte depuis l’extérieur. Et nous sommes là pour cela.

Bonne marche à tous ! »

Castel Volturno, le 24 octobre 2026

+ Don Mimmo Battaglia