Blog de la Roche d'Or

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Communauté de la Roche d'Or à Besançon et aux Fontanilles

Publié le par P. Florin Callerand
Publié dans : #Pour vivre la Semaine Sainte..., #Textes de Florin, #Chants

Quand Paul dit : « L’amour du Christ nous presse », c’est un petit peu ce dont nous faisons l’expérience et c’est en cela que nous trouvons le bonheur. Vous voulez être heureux ? Eh bien sachez que « l’envoyé n’est pas plus grand que celui qui l’envoie, sachant cela, heureux serez-vous si vous le faites. » Qu’est-ce que vous voulez que je fasse d’autre moi, sinon faire comme mon Seigneur ? On partage. C’est le titre de cette retraite : « Ayant aimé les siens, il les aima jusqu’au bout. »

Donner sa vie pour ceux qu’on aime, c’est ainsi que Jésus va jusqu’au bout de l’amour, pour dire à tous ceux qui, bornés, butés, ne veulent pas recevoir la lumière, que c’est quand même cela le sens de la vie. « Et vous, même si vous ne la voulez pas, elle continue de vous être offerte. » Mais ça n’est encore que le premier bout de l’Amour. Le bout ultime, au-delà duquel il n’y en a pas, c’est de se donner en communion à celui ou à celle qu’on aime. Alors il y a une émigration d’un pays dans l’autre. Ici, avec Christ, il y a émigration, intériorité réciproque, Dieu-l’homme, l’homme-Dieu, voilà ce qui nous est offert et proposé, pas moins. Après cela, il est évident que Dieu a donné toute sa mesure, Il ne peut pas aller plus loin.

Comme Marie donne toute sa mesure, elle ne peut pas aller plus loin. Alors voilà Dieu en Marie, Marie en Dieu, c’est l’Assomption, c’est la gloire. Qu’est-ce que vous voulez de plus pour Dieu ? Qu’est-ce que vous voulez de plus pour Marie ? C’est la béatitude parfaite qui fait que de Dieu et de Marie, de Marie et de Dieu, il y a un rayonnement permanent de vitalité sur nous, pour que nous aussi nous connaissions ce qui lui est arrivé et que nous le fassions connaître à d’autres. Et là, nous retrouvons encore le partage mais un partage réaliste, qui va jusqu’au bout.

Ce qui peut frapper c’est que saint Jean, dans son évangile, ne rapporte pas l’institution de l’Eucharistie, tandis que Luc, tandis que Paul, tandis que les autres évangélistes s’y attardent. Alors quelle est la réponse à donner ? C’est qu’il faut savoir lire la parabole du lavement des pieds comme étant une gestuation étonnante du mystère de l’Eucharistie d’Amour jusqu’au bout.

Bien sûr qu’on peut en tirer une leçon morale, mais surtout ce que l’on voit c’est : « Qui me voit, voit le Père », on voit la révélation du secret intime de Dieu qui adore ses créatures et qui est à genoux devant elles et qui, pied après pied, ou paire de pieds après paire de pieds, les tient dans ses mains, les serre sur sa poitrine, en prend soin, les lave, les sèche… et presque avec regret, passe au suivant, il prend son temps…

Il faut se reporter tout simplement à Abraham, il faut se reporter à la fameuse scène des trois anges-visiteurs qui arrivent au moment de la sieste et alors voilà qu’Abraham les accueille et leur donne l’hospitalité. Or, l’hospitalité biblique, c’est d’abord le lavement des pieds. Parce qu’il fait chaud dans le pays, la poussière est collante, on est fatigué, on a les pieds gonflés. Mais Abraham, certainement, n’a pas lavé les pieds des visiteurs. Le maître ne lave jamais les pieds des visiteurs ! Abraham a fait laver les pieds, les domestiques et les esclaves étaient là pour cela. Et ici, qu’est-ce que l’on voit ? On voit Jésus qui dit : « Vos pieds, c’est mon affaire. » Mais qui donc est Dieu ? Quelle est la révélation de cette folie d’amour, de cette passion d’amour de Dieu pour les pieds de ses créatures ?

Les pieds sont l’organe de la liberté. L’homme est un marcheur, il a mis si longtemps à se redresser sur ses deux pieds, dans l’histoire de son évolution, pour arriver à être front vers le ciel et que sa tête commande et que ses pieds l’emmènent partout. C’est une splendeur les jambes humaines ! Enfin, admirez ! Et Dieu n’a pas pu résister, il lui a fallu des pieds à lui aussi. Alors il a demandé à Marie de lui en donner, et maintenant est-ce que nous sentons l’admiration de Dieu pour sa créature humaine ? Est-ce que nous sentons ce sens positif de l’existence humaine, quand on voit Dieu qui t’appelle et qui te demande… Tu les lui donnes tes pieds ?... Eh bien Dieu prend tous ces pieds, ses créatures humaines. C’est Lui qui fait cela, il vient nous prendre pour nous emmener avec lui et il mendie, et il demande les pieds. Alors vous voyez le drame de Pierre qui refuse de lui donner. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que Pierre n’accepte pas d’être aimé comme ça, généreusement, gratuitement. Qu’est-ce qu’il voudrait faire ? Mériter quelque chose ?... Je ne sais pas. Quoiqu’il en soit, il y a un raté entre Pierre et Jésus. Je ne sais pas quelle communion Pierre a pu faire au soir du Jeudi Saint… Mais tout ce que je sais, c’est que ses pieds il les garde dans ses poches. Il ne veut pas les donner tout de suite à Jésus. Alors Jésus insiste étonnamment : « Tu ne me laveras pas les pieds, non jamais ! » dit Pierre. « Si je ne te lave pas, dit Jésus, il n’y a rien entre nous ».

Nous sommes ici au cœur du mystère de l’Église, car au chapitre 22ème de saint Luc, ce passage-là correspond exactement à la fameuse dispute du soir du Jeudi Saint : « Qui a la première place ? » Et entre disciples, on se chamaille, on se bagarre. Alors Jésus est obligé d’élever la voix : « Dans le monde, c’est comme cela, chez vous rien de tel ! » La phrase lapidaire de Jésus demande d’être traduite ainsi. Alors de quoi s’agit-il quand l’Amour va jusqu’au bout ? Il y a de ces prises en charge qui sont irrémissibles. Bien sûr que l’amour paternel, l’amour maternel, l’amour conjugal, quand il est noble, ça vous emmène dans une analogie étonnante. Mais c’est justement cela qui nous est offert à un chacun par le Seigneur. Tout à l’heure, dans le moment de la communion Jésus va me prendre les pieds et me les laver à l’orientale, pour les rafraîchir, mais surtout pour que je Le voie, mon Dieu, à genoux devant moi. Si je laisse entrer ce spectacle en moi, toute ma vie est retournée : « Moi aussi, j’irai jusqu’au bout. »

Qui donc est Dieu ? « Qui me voit, voit le Père. » Dieu crée maintenant à genoux, il faut bien qu’il commence mais il nous demande la permission de nous aimer, liberté de Dieu pour l’homme.

 

Florin Callerand
16 avril 1987 (Jeudi Saint)

"Rassemblés dans l'amour du Christ", CD Tissage d'or 1 (Communauté de la Roche d'Or)