Blog de la Roche d'Or

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Communauté de la Roche d'Or à Besançon et aux Fontanilles

Publié le par P. Florin Callerand
Publié dans : #Textes de Florin, #Chants

Au chapitre 7 de saint Luc, nous découvrons que si c'est ça, la force du Messie : de faire que les aveugles voient, que les boiteux marchent, que les morts ressuscitent... ça ne va pas encore bien loin ! On s'attendait à quelque chose de beaucoup plus fantastique, de beaucoup plus formidable. D'ailleurs on sait aussi qu'il n'y avait pas tant que ça de malades qui étaient guéris autour de Jésus. Le mot employé est "thérapeutique" : Jésus soignait les lépreux, il soignait... Il les prenait dans son rayonnement, il avait une parole pour eux, il les consolait, il leur donnait du tonus d'existence, mais ce n'était pas un guérisseur.

La force pour entrer dans le Royaume des Cieux, ça consiste en la conversion intérieure du cœur, en l'audace qui fait qu'on accueille la Présence dans notre terre, qu'on reçoit les inspirations, qu'on y est docile : il faut de la force pour cela, pour croire qu'en soi-même on ne réside pas tout seul dans son intime raisonnement. La force fondamentale, c'est la force de la pauvreté, c'est la force de l'humilité pour donner à Dieu de pouvoir être Dieu au fond de nous et de nous orienter vers notre condition éternelle avec Lui : partager sa pauvreté de Dieu, son humilité de Dieu, son immensité de Dieu, son éternité de Dieu. C'est de cela dont il est question. Il ne faut pas beaucoup de force pour obéir à la loi et aux prescriptions de la religion, c'est de l'infantilisme. Il faut beaucoup de force pour accueillir en soi les inspirations et y être docile sans cesse.

Alors si maintenant vous revenez à ce que l'Église nous propose ici pour nous préparer à Noël, de quoi s'agit-il ? Il y a Noël en nous chaque fois qu'une inspiration vient, et Marie a été forte, et Joseph a été fort, ils ont accueilli l'événement et l'événement a bouleversé radicalement leur vie. Car quand une femme a un enfant, après, ce n'est plus comme avant, quand un homme a un enfant, après, ce n'est plus comme avant !

Quand il y a une inspiration qui monte, c'est un événement révolutionnaire. C'est Dieu au coeur de sa créature. Il faut de la force pour accepter l'invasion divine en soi. Alors, il nous faut de la force pour prendre au sérieux, et de la force pour recevoir et écouter, et de la force pour persévérer. S'il nous faut de la force pour être chrétien, c'est-à-dire pour accueillir dans des capacités limitées d'intelligence et de sensibilité, de liberté, l'immensité folle et l'élargissement fantastiquement audacieux de Dieu, eh bien il faut une fameuse force chez Dieu, au moment de l'Incarnation pour se rapetisser dans la condition humaine. Car si tout l'homme devient Dieu, tout Dieu devient l'homme. Il faut de la force d'un côté comme de l'autre pour advenir à plus ! Sinon, sans force on reste sur place. Noël nous ouvre cette perspective de devenir.

Alors pour Jésus, venir mettre le pied dans la condition de créature, ça l'emmènera à la Croix. Il a bien pressenti, il voyait clair. Mais il lui a fallu une sacrée force et il a vu qu'au travers de cette force, la force se lèverait chez les hommes et que c'est comme cela qu'Il entraînerait. Mais la force, c'est la force ! C'est pourquoi nous célébrons le jour de Noël, le mystère de la Croix et de la Résurrection.
 

Florin Callerand
15 Décembre 1993

"Il est en toi au plus secret", CD Tissage d'or 6 (Communauté de la Roche d'or)